A  p r o p o s   d e   m o i 

   La première fois que j’ai prononcé le mot ”musicothérapie” c’était en 1997 lors de mon entretien pour entrer à l’école d’infirmière. Où l’avais-je entendu ? Énoncé par qui ? Dans quel contexte ? De quoi s’agissait-il exactement ? Je n’aurais su le dire. Ce dont je me souviens c’est de m’être alors projetée dans le futur comme musicothérapeute. J’avais 20 ans et je ne serais jamais infirmière. Ma voie était ailleurs. Ce mot Musicothérapie avait une résonance forte, presque familière. Il était porteur d’un sens dont je ne mesurais pas encore la véritable portée mais que mon intuition reconnaissait comme juste. Il ouvrait des perspectives de soins et d’accompagnements inédites, ouvertes sur un autre monde dont je n’imaginais pas ne pas faire partie un jour. Le moment n’était pas encore venu. Je n’étais pas encore prête. Il me faudrait d’abord laisser place à l’artiste qui bouillonnait en moi.

 

 

J’étais loin d’imaginer à ce moment-là les innombrables chemins de traverse que j’allais devoir explorer, défricher, inventer ; les concerts, les studios, les voyages, les collaborations, les coups de foudre, les promesses, les espoirs, les désillusions, les chutes, le deuil de vieilles certitudes et les remises en question... J’étais loin de mesurer les joies, les peines, les doutes, la solitude et les fulgurances qui émaillent la vie d’artiste en même temps qu’ils nourrissent sa créativité. J’étais loin de penser qu’il me faudrait encore quinze longues années pour revenir à l’essentiel ; en venir à ”moi-m’aime”, forte d’avoir osé reconnaître mes failles, d’avoir pansé certaines plaies, forte d’avoir su me pardonner. Quinze années pour faire la différence entre le besoin de réussir et celui de me réaliser. Et je songe en écrivant ces mots que je fus alors mon premier terrain d’expérimentations musicothérapeutiques. En effet, très tôt dans l’apprentissage du piano, mon instrument natal, j’ai éprouvé la joie, l’apaisement, la satisfaction que pouvait me procurer le fait de me laisser inspirer par lui, de créer ma propre musique. La sensation unique de ne faire qu’un avec l’instrument. Le bonheur aussi de partager cette musique intérieure avec mes proches et puis plus tard avec le public.

 

 

J’ai reçu un enseignement classique de cet instrument avec toute l’exigence que cela suppose dans le respect de la partition, de son compositeur, des nuances, du tempo, etc. Pour autant,  immanquablement après quelques années d’étude – c’était plus fort que moi - j’inventai autour des thèmes de Debussy, Chopin, Mozart… Lorsque mon professeur me demandait de lire les notes, je jouais une autre partition que celle qui était écrite sous mes yeux ; jusqu’au jour où j’ai composé mes propres partitions. Je trouvais dans mon piano une terre d’accueil, un refuge où laisser s’échapper ce qui ne pouvait être dit, où mes émotions les plus intimes trouvaient une voie d’accès, un écho audible, une résonance salvatrice qui me permettait de prendre de la distance vis à vis des peines, des colères, de toute incidence de la vie sur le cœur et sur l’âme. C’était un refuge mais aussi une ouverture sur l’autre avec lequel je pouvais communiquer mieux que je n’aurais su le faire avec des mots.  C’est là, sans le savoir encore, que l’idée de ”partition intérieure” a sans doute germé.

 

 

 

 

 

A mesure que ma propre partition se développait, le désir de transmettre, d’accompagner l’autre, s’affinait jusqu’à devenir évident ; que cela prenne forme dans une relation pédagogique, thérapeutique et/ou peut-être même à la jonction des deux. Dans « une  société plus permissive que libre [...] où l’homme hypermoderne est de toutes les cultures et d’aucune, de toutes les latitudes, mondialisé, déterminé par des paramètres qui mesurent évaluent, calculent, formatent [...] atomisé, préoccupé par la seule jouissance des biens où il aliène sa créativité, sa pensée et sa liberté[1] », j’ai eu envie de faire ma part en proposant une autre voie possible, un autre enseignement de la musique - du piano en particulier - qui ramène au coeur de l’Être.

 

 

[1] G. ZIMRA, Les marchés de la folie, © 2013, Berg International éditeurs, p. 8.

en studio avec Laurent Verneret

Depuis, je n’ai jamais cessé de composer. Il m’a été donné tout au long de mon chemin de faire de magnifiques et déterminantes rencontres qui ont contribué à faire évoluer ma création musicale, mon rapport à la musique et au monde. Je pense à des amis précieux, des auteurs, des artistes, des créateurs mais aussi et en particulier à différents thérapeutes avec lesquels j’ai pu ouvrir les portes vers ce que j’avais en moi de meilleur, avec lesquels j’ai pu trouver le courage d’affronter avant de l’accueillir, ma part d’ombre. Grâce auxquels j’ai su trouver les ressources pour entreprendre ce chemin de conscience. Sans lesquels je n’aurais peut-être pas osé suivre ma propre voie.

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